Une éclaircie, un récit chez Edilivre.com

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Une éclaircie

résumé:
Le récit se déroule à Belfast de nos jours, où un jeune catholique tombe amoureux d’une protestante. Les restes de ségrégation sociale et la méfiance de chaque communauté à l’égard de l’autre sont autant d’épreuves à traverser pour accéder à la liberté. Leur couple sera une éclaircie dans un monde celte où la lumière se bat quotidiennement pour percer des forteresses de nuages.
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Extrait:
Elle vient de passer le bloc et part en dehors de la ville, à pied. Sa vue me terrasse. Je dois essayer de lui parler ou tout au moins la croiser, pour qu’elle me remarque. Allez Aiden fonce. Je cours, je la reverrai c’est sûr, je prends la route qui sort de la ville, j’accélère ma foulée et regarde mes tennis blanches qui ont noirci avec la pluie, je file, à peine si je vois le panneau de sortie de la ville qui flotte irréel dans la brume, je souffle, ne pas se faire remarquer, je prends le sentier qui mène au parc derrière le cimetière, les murets moussus sont par endroits éboulés et je m’applique à sauter ces pierres bénies que le temps enfouit dans les cheveux de l’herbe, je bondis au dessus de ces vestiges effondrés qui veillent encore sur mes ancêtres, à côté je vois les croix grises avec leur cercle celtique qui relie chaque pointe, il y a dans l’air un peu de tourbe qu’on commence à brûler dans les cheminées pour chasser l’humidité des maisons, l’automne est déjà là, j’aime ça, cette odeur particulière de ma terre embrasée qui s’élève chaude et bonne et qui va se mêler à la bruine froide de mon pays vert. Je sens en moi cette joie de courir vers Aisling, l’ivresse d’aller à sa rencontre, si seulement, allez va, file comme le vent! maintenant mon coeur ronronne sûr dans ma large poitrine, touc touc, touc touc, touc touc. Il y a un petit bois à la sortie un peu plus loin derrière l’église, et c’est là bas qu’elle est allée se recueillir j’en suis sûr, dans ces restes de forêts où grand’mum me racontait qu’elle avait vu une assemblée de fées au clair de lune une nuit qu’elle s’était perdue, oui c’est ça, c’est là bas qu’elle est partie, mais après tout ne vient-t-elle pas de ce pays secret? Elle est si pâle avec sa peau de nacre que des taches de son ont sertie comme des joyaux, elle est si rousse que sa chevelure rayonne sous le ciel gris, ses cheveux sont à eux seul une couronne, non que dis-je, ils sont une auréole, c’est ça, je n’avais jamais remarqué à quel point la couleur de ses cheveux et la blancheur de sa peau la rendaient irréelle, surnaturelle. Elle est mon idéal et pour la première fois de ma vie je cours vers lui, j’accepte d’écouter mon coeur, non, ce que je ressens n’est pas une faiblesse, ça n’a jamais été une faiblesse et tu le sais au fond de toi que c’est une grande force, c’est l’amour qui me transporte en ce moment sur ce sentier boueux et quand Aisling me verra courir vers elle elle saura. Aisling sentira la pureté de mes sentiments, elle comprendra, là, dans cette forêt aux vieux chênes moussus comme ce que je ressens a un sens pour nous deux. Là voilà plus loin dans ce petit bout de clairière, c’est une flamme rousse qui vacille sous le ciel gris, elle est la seule lumière sur terre en ce jour d’automne, les arbres l’entourent et tiennent une assemblée de feuilles autour d’elle, et ce qui reste de jour tombe des cieux sur elle et ruisselle, comme pour régénérer toute clarté à la source de cette fée, puis les rayons remontent ragaillardis afin de lutter contre les nuages blafards; que serait notre monde sans ce peuple magique?

Instinctivement je ralentis, puis mes muscles s’arrêtent brusquement pour me laisser prostré dans l’ombre des feuillages. Que m’arrive-t-il? Non je n’irai pas dans la clairière montrer ces sentiments qui enflamment mes yeux, qui consument mon âme au point que je me reconnais à peine. Je resterai là dans cette nuit de forêt pour la contempler, elle est si belle, si irréelle, et moi comme une erreur de la nature je me cache pour profiter de ce spectacle, pour observer secrètement la beauté céleste d’Aisling. Elle se tient là, juste à trente mètres, et la clairière qui forme un puits dans cette mer de feuillages reçoit des colonnes de bruines, des fines guirlandes de pluie qui, trop légères pour tomber , flottent et s’évanouissent mollement dans l’air en captant le gris du temps. Des processions de gouttes descendent et se déposent sur la belle chevelure rousse de cet ange, et Aisling attend debout, la tête levée aux cieux, bénie par ces perles d’eau qui viennent délicates la baiser. Je touche un tronc, épais et rugueux, irrégulier, comme moi, pourtant lui inspire la force et la noblesse quand je ne dégage que la disgrâce.

 

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